LE RÉSEAU IN-TERRE-ACTIF

Un outil d'éducation et d'engagement pour de jeunes citoyens solidaires

Journée internationale des luttes paysannes

primaire 2e cycle 3e cycle   secondaire 1e cycle 2e cycle
  1. Description de la journée
  2. Actions proposées
  3. Outils pédagogiques
  4. Liens d'intérêt

Description de la journée

La date du 17 avril a été désignée pour souligner la Journée internationale des luttes paysannes afin de commémorer le tragique assassinat de 19 paysans membres du Mouvement des Sans Terre du Brésil, le 17 avril 1996. Ceux-ci luttaient pour le droit légitime à la propriété de leurs terres.

L'origine des luttes paysannes

* Les mots en caractère gras sont expliqués au bas de cette page.

L’agriculture de subsistance est un mode de vie pour beaucoup de familles paysannes moins nanties dans les pays en développement. Lorsqu’une famille cultive la plus grande partie de la nourriture qu’elle mange, on dit qu’elle pratique une agriculture vivrière. Les objectifs de ce type d’agriculture sont :

  • fournir à sa famille de quoi se nourrir;
  • vendre les surplus au marché pour gagner un peu d’argent et envoyer les enfants à l’école, acheter des vêtements, des épices et de la nourriture supplémentaire pour les périodes de soudure.

L’agriculture vivrière est donc un mode de vie. Elle est habituellement respectueuse de l’environnement, car les paysans doivent prendre soin de la terre, des arbres, de leurs animaux, et des sources d’eau s’ils veulent continuer à voir pousser leurs récoltes pour en vivre. C’est d’autant plus important que les enfants de ces paysans reprendront probablement la terre de leurs parents.

L’OMC ne considère pas que l’agriculture vivrière soit productrice de richesses. Elle juge que les paysans ne produisent pas assez et que leur force de travail serait plus utile dans les villes où du travail à la chaîne les attend dans les usines. Par ses politiques commerciales qui encouragent le libre-échange, l’OMC réalise tranquillement la délocalisation des paysans vers les grands centres urbains où, malheureusement, ils viennent souvent grossir la population des bidonvilles. Dans les bidonvilles, les paysans ne peuvent pas cultiver leur nourriture quotidienne. Ils doivent donc rapidement trouver du travail, ou c’est la famine… 

 


 Campement de paysans sans terre au Brésil
 Source: Mouvement des Sans Terre

Si tous les paysans se retrouvent en ville, qui donc cultive la nourriture des citadins? L’OMC, une fois de plus, a trouvé la réponse. Ses politiques de libre-échange permettent que les surplus agricoles des pays industrialisés (comme les États-Unis, le Canada ou l’Europe) soient vendus à bas prix dans les pays du Sud. Cette pratique s’appelle le dumping.

Par exemple : en vendant du blé canadien à très bas prix dans les pays en développement, les populations du Sud peuvent se procurer de quoi se nourrir... mais pendant ce temps, les paysans du pays qui tentent de vendre leurs surplus agricoles n’y arrivent plus! En comparaison avec le prix du blé canadien, les produits de l’agriculture vivrière apparaissent trop chers! De cette façon, le paysan qui n’arrive pas à vendre sa récolte se trouve toujours de plus en plus pauvre, car il n’arrive pas à obtenir l’argent nécessaire pour faire vivre sa famille. Si la situation perdure, il se verra probablement obligé d’aller chercher du travail à la ville…

Qui profite donc de l’appauvrissement des paysans des pays du Sud? Ce sont principalement les compagnies multinationales, que les politiques de l’OMC favorisent. Ces compagnies sont présentes dans plusieurs pays, mais aussi dans plusieurs domaines du commerce. Elles peuvent avoir des intérêts en agriculture, et en même temps dans les produits manufacturés. Elles profitent donc doublement de la migration des paysans vers les villes : d’un côté, la multinationale arrive à leur vendre de la nourriture, et de l’autre côté elle exploite leur force de travail dans ses usines!

 
"- Il faut trouver une solution.

- Oui, mais laquelle, grands dieux?!"

Les compagnies multinationales ne sont pas seulement aidées par les politiques de l’OMC; les gouvernements des pays riches aussi contribuent à leurs intérêts. Par exemple : si le gouvernement d’un pays permet la culture des OGM et qu’en plus il accorde des subventions aux agriculteurs, c’est une façon détournée de permettre aux agriculteurs de ce pays d’acheter des OGM. Les OGM sont la propriété des multinationales, qui exigent un prix élevé pour cette technologie. Toutefois, ces OGM produisent des récoltes très abondantes grâce aux techniques modernes d’agriculture. Cela permet aux agriculteurs d’ici de bien vivre, en plus d’avoir beaucoup de surplus. Ces surplus dont nous n’avons pas besoin sont ensuite vendus par les multinationales aux pays en développement où l’agriculture vivrière ne permet pas de produire de la nourriture à si bas prix.

Les luttes paysannes

Les luttes paysannes, c'est-à-dire la mobilisation des paysans et de leurs communautés rurales pour la conservation de leurs terres et de leur mode de vie, constituent donc une façon de contrer ce phénomène. Les paysans des pays du Sud sont fiers et ils veulent que leurs enfants puissent, eux aussi, vivre de l’agriculture vivrière plutôt que de travailler dans les usines de la ville. Pour les pays en développement, les luttes paysannes représentent aussi une façon d’assurer leur sécurité alimentaire. Elles permettent de reconnaître les droits des paysans et leur importance pour l'autonomie des peuples.  Le mouvement mondial des luttes paysannes exige que l’agriculture vivrière ne soit plus touchée par les traités de libre-échange et qu’elle ne soit plus visée par les politiques de l’OMC qui favorisent les multinationales.

Avoir une terre au Brésil

Avec ses 200 millions d'habitants, le Brésil est le pays le plus peuplé d'Amérique du Sud. Il se situe parmi les premiers producteurs au monde de café, de cacao, d'agrumes et de sucre, tout en étant pourvu d'abondantes richesses forestières et de ressources minérales. Toutefois, une part importante de l'industrie de transformation de ces ressources demeure sous contrôle étranger.


Photo: Mariette Milot, SASV (2006)

Le Brésil fait face à de nombreux problèmes sociaux et économiques. Celui de la propriété de la terre en est un de taille. Les grands propriétaires terriens accaparent des millions d'hectares de sols fertiles qui ne sont pas cultivés, mais qui servent à l'élevage (notamment celui des bovidés) à grande échelle. Ces propriétaires font souvent appel à des hommes de main, chargés d'empêcher les paysans de s'installer sur les terres pour les cultiver. Les syndicats des travailleurs ruraux luttent depuis des années pour implanter une réforme agraire qui permettrait enfin une redistribution plus juste des terres. Bien qu'un début de réforme ait commencé à être mis en place sous le gouvernement de Dilma Roussef, élue en 2011, un chemin énorme reste encore à être parcouru. Les menaces de mort, l'intimidation, les attentats et même les assassinats pour un lopin de terre ne sont pas rares dans ce pays.

La situation de l'Amazonie constitue également un drame au Brésil, en lien avec la progression de la civilisation dans cette forêt tropicale - la plus grande du monde, avec les enjeux économiques et les conflits sociaux qu'elle implique. Enjeux pour la possession des immenses richesses de la région (terres, eaux, minerais, or, bois); conflits entre les différents acteurs : les autochtones qui tentent de préserver leurs terres, les paysans pauvres sans terre à la recherche d'un espoir qui les rendra riches, les grandes compagnies minières et d'exploitation du bois cherchant à faire fructifier leurs capitaux et générant emploi et développement... mais détruisant, parfois de manière irrévocable, ce milieu naturel fabuleux; etc.

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LEXIQUE (par ordre d'apparition dans le texte)

Agriculture vivrière
C’est une forme d’agriculture qui consiste à subvenir aux besoins alimentaires de la famille en premier lieu. Quand il y a des surplus, ceux-ci sont vendus au marché. Elle se différencie de l’agriculture de production qui est pratiquée ici, qui vise principalement à produire des grosses quantités d’un seul produit pour la vente.

Période de soudure
Parfois, les récoltes ne permettent pas de nourrir la famille pendant toute l’année. La période de soudure est la période qui commence une fois que les réserves alimentaires sont épuisées et qui se termine lorsque les récoltes suivantes sont prêtes. Pendant cette période, il faut acheter de la nourriture pour nourrir la famille.

OMC

L’Organisation mondiale du commerce (OMC) est une organisation qui veut harmoniser les règles du commerce entre tous les pays afin que celui-ci soit plus simple et lucratif. L’OMC a beaucoup de pouvoir et elle peut influencer les politiques internes de plusieurs pays afin de favoriser le commerce. Elle peut même punir les pays qui refusent de se conformer à ses directives.

Libre-échange

Le libre-échange, une stratégie souvent préconisée par l'OMC, vise à abolir les barrières au commerce que certains pays imposent afin de protéger leurs paysans et leurs producteurs. Par exemple : selon la doctrine du libre-échange, les droits de douane sur les importations constituent une barrière commerciale qui doit être abolie.

Délocalisation
Un mouvement de population à l’intérieur d’un même pays se nomme "délocalisation". Il peut notamment être causé par le fait que les paysans qui n’arrivent plus à survivre avec l’agriculture vivrière soient obligés de quitter leur terre et de tenter leur chance à la ville. Les entreprises aussi peuvent se délocaliser. Par exemple : alors qu’il y avait autrefois bon nombre de compagnies qui produisaient des vêtements dans les pays du Nord, la plupart d'entre elles ont maintenant déménagé dans les pays du Sud, où les salaires des travailleurs sont beaucoup plus bas qu’ici.

Bidonville
Il s’agit d’une zone autour de la ville où les gens s’installent en se bâtissant des abris de fortune, car ils n’ont pas l’argent pour acheter une maison ou louer un appartement. Dans les bidonvilles, il n’y a souvent pas d’eau courante, pas d’électricité, pas de services municipaux et les gens construisent leur maison avec ce qu’ils trouvent. Ce sont des quartiers très pauvres, et la criminalité y est généralement assez élevée.

Dumping
Le dumping est une pratique commerciale qui permet à des compagnies de vendre des produits dans d’autres pays à un coût très inférieur à celui qui est en vigueur dans le pays producteur. Prenons l’exemple du blé canadien : si une poche de blé est vendue 20 $ au Canada, la compagnie la vendra alors 5 $ dans un pays en développement. Pourquoi? Car de cette façon, la compagnie peut vendre moins cher que les producteurs locaux et ainsi les forcer à abandonner l’agriculture et à migrer vers les villes... ce qui laisse le champ libre pour écouler leurs produits agricoles dans ce pays.

Compagnies multinationales
Ce sont des grosses compagnies (Nestlé, Kraft, McDonald's, Bayers, Novartis, etc.) qui sont présentes dans plusieurs pays. Souvent, ces compagnies ne sont pas spécialisées dans une seule production, mais dans plusieurs. Elles peuvent donc, par exemple, réussir à contrôler la vente d’OGM dans un pays, tout en produisant également des souliers de sport dans un autre! La plupart de la nourriture que nous consommons en Amérique du Nord est produite par seulement trois de ces multinationales.

OGM
Les OGM sont des "organismes génétiquement modifiés". Leur code génétique a été altéré par l’insertion d’un gène provenant d’une autre espèce, ce qui leur donne un avantage par rapport aux autres organismes de la même espèce. Au Canada, on cultive du maïs OGM qui possède la capacité de résister aux herbicides et à certains insectes. Cela simplifie la tâche du producteur et permet d’obtenir de plus grosses récoltes. Toutefois, les OGM posent des risques importants pour l’environnement, et possiblement aussi pour la santé humaine!

Subvention
C’est une somme d’argent que le gouvernement donne aux producteurs ou directement aux entreprises afin de les aider à demeurer en affaires. Cette pratique est interdite dans la plupart des pays en voie de développement. Pourtant, dans les pays industrialisés, elle constitue souvent la principale source de revenus des agriculteurs!

Sécurité alimentaire
La sécurité alimentaire, c’est d'avoir accès à suffisamment de nourriture de bonne qualité pour combler ses besoins essentiels. La sécurité alimentaire implique le droit de produire sa propre nourriture : c’est d'ailleurs ce que les paysans revendiquent. Elle signifie aussi que les aliments que nous mangeons sont sains et que le public est informé de ce que ceux-ci contiennent (résidus de produits chimiques, OGM, etc.).

Autonomie des peuples
L’autonomie est un principe par lequel on arrive par soi-même à accomplir quelque chose. L’autonomie des peuples, c’est donc le droit que les peuples du monde ont de subvenir par eux-mêmes à leurs besoins fondamentaux, et ce, de façon durable. La sécurité alimentaire est l'un des aspects de l’autonomie des peuples.


Actions proposées

- Encouragez le commerce équitable en organisez vos campagnes de financement à l'aide de produits issus de cette forme de commerce solidaire. En achetant des produits équitables, vous vous assurez que le producteur de l'aliment a reçu un juste prix pour son travail. Par ailleurs, le commerce équitable implique aussi l'utilisation de techniques agricoles respectueuses de l'environnement. Un nombre impressionnant de produits équitables existent et sont disponibles sur le marché : chocolat, café, bananes, chocolat chaud, quinoa, riz, thé, tisane, sucre, fruits séchés, épices, huile d'olive...

- Favorisez l'achat local et encouragez l'industrie agroalimentaire de votre communauté. Pour vous sensibiliser à ces enjeux souvent méconnus, pourquoi ne pas inviter un agriculteur à venir rencontrer les élèves pour leur parler de sa réalité et des défis qu'il rencontre?

- Informez-vous sur les possibilités d'instaurer un réseau d'ASC (agriculture soutenue par la communauté) à la cafétéria de votre école. Le principe de l'ASC permet aux individus, aux familles, aux écoles et aux entreprises de recevoir directement, d'un agriculteur choisi, des paniers de légumes et/ou de viandes plus respectueux de l'environnement. Vous pourrez même visiter et expérimenter le travail d'agriculteur à la ferme que vous parrainerez!


Outils pédagogiques

Activité "L'Île de la Banane"

Affiche "Pour un monde sans faim"

Animation "Pour une économie au service de l'humain"

Animation "De la faim dans le monde à la souveraineté alimentaire"

Dossier "L'ABC de la mondialisation"

Fiches pédagogiques sur le thème de la mondialisation

Fiche pédagogique sur le commerce équitable


Liens d'intérêt

Journée mondiale des luttes paysannes

Mouvement des Sans Terre du Brésil (site en français)

Réseau des fermiers de famille - Équiterre

Via Campesina - Mouvement paysan international