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Dossier : La situation des femmes afghanes

primaire    secondaire 1e cycle 2e cycle

Source : www.4velos.com
Femme portant le burka

L'Afghanistan est un pays ravagé par les guerres, une terre désertique, comptant des femmes plus que voilées et des enfants souffrant de malnutrition sévère. Les écoles ont été fermées, la musique interdite et la femme censurée. Depuis 2001, la détresse de l'Afghanistan nous saute en plein visage. Il y manque de la nourriture, les populations ont été bombardées (et le sont encore en 2007...) et l'insécurité règne parmi la population  Dans le cadre du 8 mars, la journée internationale des femmes, nous vous présentons un portrait de la situation de la femme en Afghanistan.        

Petite histoire de l'Afghanistan

La population de l'Afghanistan se chiffre à 25,8 millions de personnes dont 13 millions de femmes. On estime que la population des réfugiés afghans est la plus importante au monde avec 3,6 millions de personnes. Le pays est très montagneux et le 2/3 du territoire n'est recouvert que de très peu de végétation.

 

 

Source : www.un.org
Le burka est le voile traditionnel afghan qui recouvre le corps et qui laisse un grillage pour les yeux.

Le développement moderne de l'Afghanistan commença vers 1933, après une longue période de développement plutôt traditionnel, avec l'arrivée au pouvoir de Zahir Shah. Cette modernisation du pays dura environ une quarantaine d'année. Durant cette période, plusieurs changements importants se réalisèrent : le port du voile par les femmes devint optionnel, les Afghans pouvaient dorénavant voter et avaient droit à la liberté d'expression. Le pays était devenu démocratique.

Les femmes acquirent le droit de vote et, en 1954, des femmes siégeaient au Parlement. Plus tard, certaines devinrent ministres. Dans les campagnes, les femmes avaient leur place dans les " Loya Djiija " ou Assemblées traditionnelles des villages, elles avaient ainsi leur mot à dire sur l'avenir de la communauté. Des écoles pour garçons et filles ont été ouvertes dans tout l'Afghanistan. Les femmes avaient leur place dans le pays et leurs droits étaient respectés. En 1996, 70 % des fonctionnaires (les employés du gouvernement) étaient des femmes, elles occupaient cependant des postes de secrétaires, de réceptionnistes, etc. Très peu de femmes afghanes avaient des postes de plus haut niveau. Mais tout de même, plus de 100 000 jeunes filles étaient scolarisées à cette époque. Mais tout cela changea radicalement avec les Talibans.

D'autre part, il est important de mentionner que la situation de femmes afghanes a toujours été bien différentes dans les zones urbaines et dans les zones rurales. Dans les campagnes, les femmes ont toujours eu moins de liberté qu'à la ville. Mais la situation des femmes vivant en ville a changée radicalement avec la prise de contrôle d'une grande partie de l'Afghanistan par les Talibans. Dès 1994, ceux-ci commencèrent à contrôler une partie de l'Afghanistan. En 1996, ils s'emparèrent de Kaboul, la capitale de l'Afghanistan. Les Talibans contrôlaient alors les 2/3 du pays.

Le régime taliban

Le mollah Omar était le chef des Talibans. C'est lui qui lança, avec quelques fidèles, un mouvement qui interprète la religion islamique de façon extrême et qui interdit les libertés des individus. Le groupe des Talibans etait principalement constitué de réfugiés afghans qui avaient fui l'invasion soviétique et de Pakistanais défavorisés (le Pakistan est un pays voisin de l'Afghanistan). Les Talibans avaient étudié dans les "madrasas", les écoles coraniques, qui propagent une vision et une interprétation particulièrement répressive du Coran, la livre sacré de la religion islamique.

Le régime taliban dénonçait tout ce qui faisait référence à la culture Nord-Américaine, qu'il considèrait comme une culture du vice et du péché. La musique, le chant, le dessin, la peinture, le cinéma, les fêtes et les jeux étaient strictement interdits.

Le régime taliban considèrait la femme comme une source de péché. On leur interdisait de se scolariser, d'exercer une profession ou de sortir de chez elles sans être accompagnées par un homme de leur famille proche. Les femmes étaient prisonnières de leur foyer. Celles qui osaient défier ces interdictions, ne serait-ce que parce qu'elles avaient besoin d'acheter de la nourriture ou d'aller chez le médecin, risquaient d'être détenues, humiliées et, dans presque tous les cas, battues par les fonctionnaires du Département pour la promotion de la vertu et la prévention du vice. Les Talibans violaient alors quotidiennement les Droits Humains.

Situation des veuves et orphelins

Suite à des années de guerre et de conflits armés, plusieurs hommes afghans sont morts, faisant ainsi un nombre élevé de femmes veuves et d'enfants orphelins. L'Afghanistan compte aujourd'hui plus de 60 000 veuves, vivant avec 200 000 enfants. Ces femmes n'ont pas le droit de travailler et ne reçoivent aucune aide du gouvernement. Ces gens n'ont donc aucune ressource pour survivre. Leur situation est critique.

Femmes afghanes et conflits armés

Dans les conflits armés, les femmes sont considérées comme butin de guerre par tous les groupes politiques armés. Plusieurs sont enlevées, violées, battues, et sont victimes d'agressions psychologiques. Des femmes sans défense ont été attaquées et massacrées dans leurs maisons par des groupes armés. D'autres ont été prises de force, par les commandants de guerre, comme épouses. Beaucoup encore ont été lapidées en pleine rue parce qu'on avait vu un bout de leur peau, de leur main, de leur pied. On peut donc facilement s'imaginer qu'après 20 ans de guerre, les femmes afghanes ont souffert de nombreux traumatismes, traumatismes qu'elles ont vécus ou dont elles ont été témoin. Pour échapper à ce sort, certaines femmes se sont suicidées.

Femmes et éducation

Durant les années de développement moderne de l'Afghanistan, dès les années vingt, des écoles pour filles avaient été ouvertes. La fréquentation féminine était bonne et avant la prise de Kaboul par les Talibans, en 1996, 60 % des étudiants de l'université de Kaboul étaient des filles. Cependant, avec l'arrivé des Talibans, les écoles ont toutes été fermées. Même les écoles à domicile et les programmes communautaires de formation professionnelle pour les femmes ont été fermés. L'éducation pour les femmes fut interdite. En 1995, 68 % de la population afghane était analphabète, en 2002, c'est plus de 80 % de la population. Chez les femmes, ce taux augmente à 90 %.

Femmes et santé

Un groupe de réfugiées afghanes.
Source :Réfugiés, Numéro 111, 1998

 

Après une récolte désastreuse en 1999, la sécheresse de l'an 2000 n'a pas permis aux gens de refaire leurs réserves. En Afghanistan, la population se nourrit presque exclusivement avec du pain et du thé depuis des mois. Selon l'organisation internationale Médecins Sans Frontières (MSF), entre janvier 2001 et janvier 2002, dix fois plus de femmes et d'enfants ont eut recours aux centres d'alimentation de MSF. Dans les régions du Nord de l'Afghanistan, les gens ont accès à moins que la moitié de la nourriture nécessaire pour vivre. Beaucoup d'afghanes souffrent de malnutrition et plusieurs sont anémiques (leur organisme manque de fer).

Seulement 23 % de la population afghane à accès à de l'eau potable.

D'autre part, MSF confirme la présence de scorbut en Afghanistan ; 226 cas ont été identifiés, et parmi ces cas, 67,7 % sont des femmes. L'Organisation mondiale de la Santé à relevé que 12 000 à 13 000 femmes meurent annuellement de la tuberculose.

De plus, comme les femmes ne peuvent sortir seules dans la rue, elles ne peuvent sortir pour acheter des médicaments ou se faire soigner que si un homme les accompagne. L'accès à des soins de santé est devenu quasi impossible. L'espérance de vie est de 45 ans pour les hommes et de 47 ans pour les femmes. Pour chaque 1 000 accouchements d'enfants vivants, 17 femmes meurent en accouchant. Des 31 provinces que compte l'Afghanistan, seulement 11 offrent des services de santé spécialisés pour les femmes enceintes.

En Afghanistan, une femme ne peut être soignée que par une femme médecin. Comme les écoles ont longtemps été interdites aux femmes, et que peu de femmes sont autorisées à pratiquer la médecine, les femmes afghanes risquent fort de se retrouver sans ressources médicales.

La situation de la femme afghane aujourd'hui

Depuis la chute du régime Taliban en 2001, une lueur d’espoir apparaît aux yeux des afghanes. Quelques avancées ont d’ailleurs été faites depuis. En janvier 2004, une nouvelle Constitution proclamant, entre autre, l’égalité des hommes et des femmes en Afghanistan est ratifiée. 

« Il s’agit d’une grande victoire pour les femmes et les filles qui, il y a à peine trois ans, étaient exclues de toutes les sphères de la vie et étaient victimes de violations systématiques de leurs droits au quotidien » affirme la Présidente du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), Mme Feride Acar.

Outre l’égalité des femmes, cette Constitution réserve aux afghanes un certain nombre de sièges à la Chambre Basse et à la Chambre Haute du pays. Elles peuvent donc continuer à défendre leurs droits, mais beaucoup plus près du pouvoir central. La présence d’une ministre aux affaires féminines est d’ailleurs un pas dans la bonne direction. Les afghanes ont maintenant davantage de latitude pour exprimer leurs besoins et le font ouvertement. Elles ont d’ailleurs pu voter à l’élection présidentielle de 2004.  

Or, malgré qu’il y ait une certaine amélioration, le droit des femmes afghanes est encore grandement brimé. En mars 2005, la ministre aux affaires féminines a souligné que plus d’un million de jeunes afghanes n’étaient toujours pas sur les bancs d’école. L’égalité et les droits des femmes ne sont toujours pas reconnus dans de nombreux domaines et, surtout, dans de nombreuses régions. La religion est encore grandement présente dans le pays et contribue à l’oppression des femmes et fillettes afghanes. On la retrouve notamment dans la Constitution, suite à la déclaration du chef de la Cour Suprême du pays en 2005 : « Nous donnons des droits aux femmes selon le Coran, nous les respectons, mais nous ne voulons pas encourager l’évolution de ces droits comme dans les pays occidentaux ». Puisque le tribunal central est largement dominé par des islamistes conservateurs axés sur la tradition, et que l’interprétation de la Constitution relève de ce tribunal, l’égalité et le droit des femmes dans plusieurs domaines demeurent inchangés. Par exemple, les nombreux crimes et violences commis au sein des familles, vis-à-vis les femmes, ne sont toujours pas punis. De plus, puisqu’il n’y pas de système en place au pays afin de maintenir les règles établies dans la Constitution, la majorité des droits et libertés des femmes proclamés dans cette Constitution ne sont pas respectés. Les droits et libertés des femmes sont donc très précaires et même quasi inexistants dans les régions et localités éloignées, où la tradition et les vieilles méthodes sont bien encrées.

La présence de différents groupes de femmes militantes est donc encore très importante au sein du pays et, surtout, au sein des régions. L’Association Révolutionnaire des Femmes Afghanes (RAWA) est d’ailleurs l’un de ces groupes qui luttent sans cesse pour le droit et l’égalité des femmes en Afghanistan. La RAWA lutte dans les domaines tels l’éducation, la santé et l’aide financière. D’ailleurs, durant le règne des talibans, la RAWA oeuvrait de façon clandestine.

Nous pouvons encourager les afghanes dans leur lutte en appuyant des organismes tel que la RAWA, mais également en posant des gestes symboliques, comme lors de la journée internationale de la femme, qui a lieu le 8 mars.  


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Meena, fondatrice de l’Association Révolutionnaire des Femmes Afghanes (RAWA), née en 1956, fut assassinée le 4 février 1987 par la branche afghane du KGB et leurs complices fondamentalistes.  Voici l'adaptation d'un poème de Meena, publié dans "Payam-e-Zan" N°1, 1981, (http://www.rawa.org/ill_fr.htm).

  Je ne reviendrai jamais

Je suis la femme qui s'est éveillée
Je me suis levée et me suis changée en tempête balayant les cendres de mes enfants brûlés
Je me suis levée des ruisseaux formés par le sang de mon frère
La colère de mon peuple m'a donné la force
Mes villages ruinés et incendiés m'ont remplie de haine pour l'ennemi,
Je suis la femme qui s'est éveillée,
J'ai trouvé mon chemin et je ne reviendrai jamais.
J'ai ouvert des portes closes par l'ignorance
J'ai dit adieu à tous les bracelets d'or
Oh compatriote, je ne suis plus celle que j'étais
Je suis la femme qui s'est éveillée
J'ai trouvé mon chemin et je ne reviendrai jamais.
J'ai vu des enfants sans foyer, errants pieds nus
J'ai vu des promises aux mains tatouées de henné en habit de deuil
J'ai vu les murs géants des prisons avaler la liberté dans leurs estomacs d'ogres
Je suis ressuscitée parmi des gestes épiques de résistance et de courage
J'ai appris le chant de la liberté dans les derniers soupirs, dans les vagues de sang et dans la victoire
Oh compatriote, Oh frère, ne me considère plus comme faible et incapable
Je suis de toute force avec toi, sur le chemin de la libération de mon pays.
Ma voix s'est mêlée à celle de milliers d'autres femmes qui se sont levées
Mes poings se serrent avec les poings de milliers de compatriotes
Avec toi, j'ai pris le chemin de mon pays,
Pour briser toutes ces souffrances et tous ces fers,
Oh compatriote, Oh frère, je ne suis plus celle que j'étais
Je suis la femme qui s'est éveillée
J'ai trouvé mon chemin et je ne reviendrai jamais.

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Suggestions de films

KANDAHAR
Réalisateur : Mohsen Makhmalbaf
Ayant quitté l’Afghanistan lors de l’arrivée au pouvoir des Talibans, une jeune journaliste retourne dans son pays d’origine après avoir reçu un appel de détresse de sa sœur. Tout au long de son périple, elle sera confrontée à nouveau aux dures réalités du peuple afghan et de ses femmes entièrement voilées.

TEN
Réalisateur : Abbas Kiarostami
TEN, c’est l’illustration de la condition féminine et de la vie en générale en Iran. À l’intérieur d’une voiture, cinq femmes illustrent les réalités du pays par le récit de leur histoire.      

JAMAIS SANS MA FILLE
Mariée à un médecin d’origine iranienne, une jeune américaine accepte de passer les vacances, avec sa fille, dans la famille de son mari, à Téhéran. Elle se retrouvera vite prisonnière des nombreuses règles à l’encontre des femmes qui régissent se pays, de la famille de son mari et de son de mari, qui ne veut plus retourner vivre aux États-Unis. Débutera alors un combat afin qu’elle et sa fille puissent échapper à ce pays et retourner vivre aux États-Unis. 

Suggestions de lecture

VENDUES !
Par Zana Musen     
Ce livre raconte l’histoire de Nadia Muhsen et Zana Muhsen qui, à l’âge de 14 et 15 ans, décident de passer des vacances au Yémen, pays d’origine de leur père. Elles constateront rapidement que leur père les a finalement vendues à des maris yéménites. Elles vivront dans des conditions extrêmes et subiront de nombreux sévisses. Zana réussira à fuir le pays, laissant cependant derrière elle son fils. Or, à l’heure actuelle, Nadia est toujours prisonnière du pays avec ces enfants.               

Autres livres :

Al Sadoon, Nasra. Le bateau des femmes arabes pour la paix 
Causse, Rolande et Valérie Rohart. Destins de femmes : filles et femmes afghanes    
Chafiq, Chahla et Farhad Khosrokhavar. Femmes sous le voile : face à la loi islamique
Geadah, Yolande. Femmes voilées, intégrismes démasqués   
Kian-Thiébaut, Azadeh. Femmes iraniennes entre islam, État, famille
Mobarez, Nilab et Olivier Weber. Femmes afghanes          
Sahebjam, Freidoune. Morte parmi les vivants : une tragédie afghane           
Taarji, Hinde. Les voilées de l'Islam

Page actualisée en 2010